Questions adressées aux épidémiologistes qui s'intéressent à l'épidémie de SIDA en Afrique...
Dr. Dominique Kérouédan, ex-Conseillère technique auprès du PNLS-Côte d'Ivoire. Abidjan 01 - Côte d'Ivoire, Mission de Coopération.
(...) j'ai plusieurs questions, adressées aux épidémiologistes qui s'intéressent à l'épidémie de SIDA en Afrique, dont il me semble que si on avait des réponses claires nous élaborerions des stratégies de communication plus pertinentes et plus efficaces. Devant l'échec total de la stratégie mondiale dans ce domaine, sachons nous remettre en question.
Si nous étions plus modestes, nous chercherions encore, et nous aurions d'autres éléments sur lesquels bâtir des interventions :
Sur quelles études l'OMS déclare-t-elle chaque fois plus fort que les cas d'infection par le VIH en Afrique sont à 90 %, voire 95 % des cas de transmission hétérosexuelle ?
Aucune. Pourquoi vous épidémiologistes, ne vous intéressez-vous pas à mesurer et à chiffrer l'importance de la transmission par voie hématogène dans un pays de haute séroprévalence en Afrique ?
Comment peut-on affirmer aussi nettement qu'elle est négligeable lorsqu'on connaît les conditions d'exercice des professionnels de la santé en l'absence de banque de sang certes, mais aussi démunis d'équipement (lorsqu'une boite d'accouchement sert à 60 accouchements par jour, peut-on encore considérer que le risque de transmission en milieu hospitalier est infime, et pourquoi serait-il toléré ici ?), de matériel de stérilisation, de produits de décontamination et plus simplement de gants ?
Lorsqu'on connaît la fréquence quotidienne des gestes contondants traditionnels et la séroprévalence dans la population générale ?
Lorsqu'on connaît la fréquence des transfusions en milieu pédiatrique et le nombre de transfusions effectuées en l'absence de banque de sang ?
Les études de cohortes hétérosexuelles occidentales ont montré que le risque de transmission du VIH lors d'un rapport sexuel est extrêmement faible. Certes d'autres études ont montré que les MST sont un facteur important d'exposition à l'infection à VIH et potentialisent le risque de transmission par voie sexuelle. Cela suffit-il pour autant à expliquer la rapidité de propagation de l'infection à VIH en Afrique ?
Ne pensez-vous pas qu'il est un peu rapide et simpliste d'expliquer ce phénomène par la propension des Africains à avoir de multiples partenaires et des rapports trop fréquents ? N'avez-vous pas l'impression qu'il se passe autre chose et que votre rôle serait d'explorer cet autre chose ?
Que faites-vous des cas de transmissions intrafamiliales inexpliqués ?
Des anecdotes racontées par les personnels de santé sur des frères et sœurs qui se transmettent le virus en dehors des modes de transmission habituels, des enfants séropositifs de parents séronégatifs élevés par une nounou séropositive ?
Il est vrai que ce sont des anecdotes que l'on n'entend que si l'on réside longtemps sur le terrain, que ces cas ne sont pas nombreux, mais ils méritent tout de même notre attention.
Si l'on admet que le VIH est transmis par le lait maternel, qu'est ce qui nous empêche de dire, ou là encore d'explorer que le VIH est transmis par voie digestive ? Comment peut-on être aussi certain que non, sur quels fondements ?
Lorsque la science ne sait pas, les autorités de santé publique doivent informer la population que "l'on ne sait pas". A la population de s'adapter. C'est ainsi que disparaissent dans l'histoire des épidémies : d'elles-mêmes. A condition que l'on ait tous les éléments pour faire baisser le seuil épidémique de transmission.





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