Mirta Roses Periago, Directrice de l'Organisation panaméricaine de la Santé: "Je suis passionnément en faveur des soins de santé primaires parce que je crois que nous devons mettre en place des systèmes de santé efficaces"
Question: Commentant deux visions opposées des soins de santé primaires, un modérateur de session a fait observer que la définition des soins de santé primaires d’Alma Ata, est celle de soins de santé ESSENTIELS pour tous, mais beaucoup ont redéfini les soins de santé primaires comme «soins de santé PRIMITIFS". Votre commentaire?
Dr Mirta Roses Periago: Je suis passionnément en faveur de soins de santé primaires parce que je crois que nous devons mettre en place des systèmes de santé efficaces qui soient :En mesure de protéger la population en toutes circonstances;
Résistants et résilients face aux crises;
Capables de réagir rapidement et de développer des stratégies d'urgence;
Capables de se reconstruire eux-mêmes quand c’est nécessaire, pour répondre aux défis actuels et futurs découlant des changements démographiques et épidémiologiques.
Seuls de tels systèmes de santé nous conduiront à réaliser des améliorations de la santé pérennes et d’un coût raisonnable, tout en assurant un accès équitable aux soins. En raison de cela, je ne pense pas qu'il existe une quelconque « primitivité » dans l'approche soins de santé primaires, ni qu’il devrait y en avoir. Au contraire, ils sont un instrument crucial pour aider tous les pays à atteindre l'objectif d'assurer la santé pour tous, quel que soit leur stade de développement économique.
Q: Au cours d'un séance plénière au Forum de la santé de Genève, vous avez souligné le rôle essentiel de l'État pour que le système de santé fonctionne bien, soit équitable et financièrement viable. Etes-vous favorable au mouvement international pour système de santé et de sécurité sociale universel que les Brésiliens cherchent à promouvoir avec la conférence du gouvernement de la société civile et des syndicats prévue plus tard dans l'année [1]?
Dr Mirta Roses Periago: Pendant des décennies j'ai encouragé la construction de systèmes de santé qui assurent un accès universel et équitable à des soins de santé, ainsi que le rôle que doit jouer l'Etat – en tant qu'expression de la société dans son ensemble – dans cette entreprise. Donc, je suis heureuse quand je vois des gens qui embrassent de telles idées. Cela dit, nous devons être conscients qu'il n'y a pas une façon unique d'appliquer l'approche des soins de santé primaires et tout ce qu’ils impliquent. Les facteurs historiques, politiques, épidémiologiques et socio-économiques de chaque pays pourraient et devraient influencer son mélange politique spécifique, pour autant qu'il réponde aux valeurs et principes fondamentaux qui sous-tendent la stratégie des SSP.
Q: Considérez-vous que les soins de santé primaires font partie de la lutte contre la pauvreté, et quelles sont vos réflexions sur les défis de l'Alliance mondiale pour la sécurité des patients: eau potable, soins propres, sécurité transfusionnelle, sécurité des injections, technologies essentielles?
Dr Mirta Roses Periago: La stratégie des soins de santé primaires est essentielle à la lutte contre la pauvreté, et le succès de cette dernière est impossible sans en suivre les principes fondamentaux. Souvenons-nous que l'équité, la solidarité et le droit au meilleur état de santé atteignable sont les valeurs centrales de l'approche des soins de santé primaires, tandis que ses principes directeurs sont la réactivité aux besoins de santé des personnes, la justice sociale, des services axés sur la qualité, la responsabilité du gouvernement, la pérennité, la participation et l'intersectorialité. Pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement, le projet le plus ambitieux jamais mené contre la pauvreté, il est nécessaire de respecter lesdites valeurs et principes, tout autant que d’avoir un investissement adéquat dans les systèmes de santé, comme la 61ème Assemblée mondiale de la santé l’a rappelé récemment.
En ce qui concerne l'Alliance mondiale pour la sécurité des patients, je suis très enthousiasmée par l'ensemble de ses activités – j’aime en particulier l'accent mis sur la participation des citoyens et sur des efforts articulés entre les acteurs privés et publics pour mettre en avant ce qui devrait toujours être notre principale préoccupation: la sécurité et le bien-être des patients. Nous avons beaucoup travaillé à promouvoir ces objectifs et à leur fournir un soutien technique, et c'est également la raison pour laquelle nous nous sentons tellement honorés à l’Organisation pan américaine de la santé d’avoir eu l'opportunité d'accueillir le récent lancement du deuxième défi de Global Patient Safety -- l'initiative « La chirurgie sûre sauve des vies ».
Q: Vous dites que «l'approche soins de santé primaires a eu une influence sur (…) la réalisation du potentiel pour la participation des citoyens en matière de santé liés à la prise de décision". Ne croyez-vous pas que nous pourrions améliorer la réalisation de systèmes de santé universels en permettant la pleine la participation des patients dès maintenant?
Dr Mirta Roses Periago: Je suis d'accord que promouvoir activement la participation des patients est une condition préalable à tout succès dans les soins de santé. Nous avons vu à maintes reprises que la participation de tous les secteurs de la société civile – et certainement les patients sont à l'avant-garde – améliore les résultats des soins de santé. Chaque année, lors de notre participation à la Semaine de vaccination des Amériques – qui maintenant s'étend heureusement à d'autres régions – je ne peux m'empêcher de m'émerveiller devant la puissance des initiatives de soins de santé à susciter l'intérêt des patients, des volontaires, des organisations non gouvernementales, des associations professionnelles et de nombreux autres groupes, pour relever des défis qui serait autrement insurmontables.
Q: Le handicap est une question subalterne à l'OMS, relevant du département « accidents et blessures» - pourtant, tout le monde, y compris vous-même, est d'accord pour dire que la population mondiale vivant plus longtemps, les maladies et les pathologies du vieillissement sont en train de devenir très importantes, y compris là où les maladies infectieuses sont prédominantes. Cela signifie clairement que la population mondiale de personnes vivant avec un handicap - environ 650 millions aujourd'hui – va augmenter fortement.
Certains d'entre nous font campagne pour que le handicap acquière le statut de véritable département au sein de l'OMS ; seriez-vous d'accord?
Dr Mirta Roses Periago: Certes, le nombre de personnes vivant avec un handicap est élevé et devraient augmenter. Peu importe la forme spécifique d'organisation choisie, qui doit prendre en compte de nombreux facteurs et contraintes, il est très important de faire en sorte que notre réponse à ces besoins soit renforcée et aie la souplesse nécessaire pour être revue à la hausse quand c’est nécessaire. C'est une question dont l'OMS est très consciente et je suis sûre que tous les efforts nécessaires pour y faire face seront produits.
Q : Une dernière question: Ne pensez-vous pas que le milieu de la santé dans le monde devrait cesser d'ignorer la physiothérapie? Le premier professeur en charge de la kinésithérapie dans les soins de santé primaires [2] a déclaré: quel est l’intérêt de vivre très vieux, si vous êtes cloué au lit et assommés par des pilules? Cela représente des bénéfices pour l’industrie des pilules, mais une pauvre fin de vie pour des millions de gens… [3]
Dr Mirta Roses Periago: Je pense qu'il y a une prise de conscience croissante du rôle important de la physiothérapie pour assurer le bien-être des patients parmi les professionnels de la santé, et une compréhension claire que, dans la quête des soins de santé, tous les domaines d'expertise ont un rôle à jouer et que tous doivent être dûment pris en compte lors de la délivrance des soins et de la conception des systèmes de santé. Au cours des 20 dernières années, nous avons défendu dans la région une approche de la réadaptation basée sur la communauté, intégrée aux soins de santé primaires, qui a créé un solide réseau avec les physiothérapeutes, les orthopédistes, les prothèsistes, la médecine du sport, les thérapies alternatives, traditionnelles et naturelles et ainsi de suite, ainsi qu'incorporé des installations de réhabilitation et de physiothérapie dans de nombreux centres de soins de santé primaires communautaires, à commencer par l'expansion des services locaux lancé par Cuba.
[1] Conférence mondiale sur le développement de la santé universelle et systèmes de sécurité sociale – conférence organisée à partir du Conseil national de la santé du Brésil, avec Armando di Negri comme point focal et le PHM. La conférence initialement prévue pour décembre 2008 a été reportée à juillet 2009.
[2] Manikandan Ellangovin dans Gono Bishwabidyalay, the People's University, fondateur du PHM, People's Health Movement.
[3] Comme quelqu'un qui a survécu une paralysie à 85% la due à un mauvais vaccin contre la polio dans la petite enfance et qui a récupéré la capacité de marcher à l’age de 13 ans grâce à des séances quotidiennes intensive de physiothérapie - et n’a du avoir recours à un fauteuil roulant qu’à l'âge de 53 ans suite à des fractures aux jambes, j'ai proposé un nouveau mouvement de "Physiothérapie en SSP pour tous - afin de mettre en faillite tous les marchands de pilules".









