Oxfam applaudit l'objectif global de l'AMFm de réduire les prix des Thérapies de combinaison d'artémisinine (ACT). Cependant, nous avons exprimé de sérieuses préoccupations au sujet de l'initiative en raison de son objectif : utiliser en grande partie de simples boutiques non réglementées pour distribuer ce qui est le dernier traitement efficace du paludisme. La vente de médicaments par le biais de magasins comporte le risque d’erreurs de diagnostic et de traitements erronés. Cela signifie que des vies pourraient être mises en danger, et cela signifie que les familles pourraient se priver de nourriture pour payer un traitement anti-paludéen pour un enfant qui est, en fait, en train de mourir de pneumonie.
Non seulement le diagnostic erroné met des vies en danger, il augmente aussi le risque de résistance aux médicaments.
L’AMFm vise les populations pauvres, mais faire payer les pauvres pour des médicaments anti-paludéens risque de développer et disséminer des souches résistantes aux médicaments. Le monde a déjà perdu la chloroquine, qui était un médicament très efficace et bon marché, en partie parce que les pauvres ne pouvaient pas acheter un cycle complet de traitement. Nous avons maintenant le risque de répéter la même histoire à travers l’AMFm. On voit déjà de façon inquiétante des traces de résistance à l'ACT au Cambodge et la cause de cette résistance a été identifiée comme le fait de grande distribution des ACT par les commerçants non qualifiés. (http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/asia-pacific/8072742.stm). (en anglais)
(Note du traducteur : Dans l’article de la BBC, on rapport qu’on assiste à l’émergence de résistances au Cambodge, où le secteur public est très faible et la distribution de pilules se fait essentiellement par des boutiques sans qualification ni contrôle, et qu’historiquement le phénomène mondial de résistances aux anti-paludéens précédents- chroroquine etc.- était aussi parti du Cambodge).
Faire payer les médicaments est aussi contraire à l’objectif d'élargir l'accès au traitement antipaludique efficace, objectif affiché par AMFm. Les pauvres n'ont pas les moyens d’acheter le traitement, subventionné ou non. Des recherches récentes par Médecins Sans Frontières en Afrique ont montré que le nombre de personnes diagnostiquées et traitées pour le paludisme augmente seulement lorsque les services sont fournis gratuitement. (http://www.msf.org/source/medical/malaria/2008/MSF_malaria_2008.pdf).
En l'absence de traitement, un paludisme cérébral peut tuer un enfant en seulement 24 heures. Elargir d’urgence l'accès à un traitement efficace du paludisme à tous les enfants est une responsabilité mondiale. Compte tenu de l'urgence, Oxfam se demande pourquoi on ne fait pas davantage pour distribuer des traitements et la prévention par le biais du secteur public, car on a déjà montré que c’est efficace. Cela comprend le recrutement et la formation d'un grand nombre de travailleurs de santé communautaire pour distribuer des moustiquaires et pour diagnostiquer et traiter les patients gratuitement, en plus de la pulvérisation de l'intérieur des habitats. Par exemple, cette approche a réduit les décès dus au paludisme de 66% en Zambie – - chiffre très élevé- au cours des 6 dernières années et réduit de moitié les décès dus au paludisme en Ethiopie, en seulement 3 ans
http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2009/malaria_deaths_zambia_20090423/fr/index.html (en français)
http://www.theglobalfund.org/en/savinglives/ethiopia/ma1/ (en anglais)
Malheureusement, bien que l’initiative AMFm soit ouverte une distribution par le secteur public, il reste en faveur de la vente commerciale des ACTs. Aux pays candidats à l'AMFm, on demande que l’accent soit mis sur l'accroissement de l'accessibilité à des ACTs par le secteur privé, comme une des conditions de succès pour les candidatures. Est-ce à dire que les pays endémiques pour le paludisme, qui n'ont pas la capacité de garantir la distribution par les magasins, et qui choisissent plutôt de se concentrer sur l'élargissement de l'accès universel à travers le secteur public, se verront refuser le soutien de l'AMFm?
Le AMFm continue d’avancer sans preuve à l'appui à promouvoir cette approche, et ce malgré le fait que cette approche est, à certains égards, contraire à l’évidence sur le terrain. Oxfam est d’accord avec le Dr Bernard Nahlen, le vice-coordinateur du US President's Malaria Initiative (Initiative présidentielle contre le paludisme des USA), que les AFMm constituent "la plus grande initiative fondée sur la foi dans le domaine du paludisme" (http://www.nytimes.com/2009/04/18/world/18malaria.html). Nous aimerions voir plus d'interventions fondées sur les preuves de ce qui fonctionne.
Note : Nahlen est cité dans le New York Times : Je plaisante parfois que c’est la plus grosse initiative basée sur le foi dans le domaine du paludisme. Je suis prêt à me laisser convaincre mais parfois la campagne avance avant la preuve (de ce qu’elle avance). – Dans le jargon international les programmes « basés sur la foi » sont normalement les programmes de santé qui s’appuient sur les missions religieuses et l’énorme secteur d’ONG religieuses qui apportent les soins de santé notamment en Afrique – jusqu’à 80% dans des pays sans secteur public comme au Nigeria. Le NYT ajoute que le Dr Nahlen préfère des programmes comme ceux en Ethiopie où 30 000 agents de santé villageois sont formés à l’utilisation des kits de tests rapides. (Comme on sait que jusqu’à 90% des cas sont des erreurs de diagnostic et ne sont pas en fait du paludisme).
Le site en français http://www.oxfam.org/fr
(Rapport sur PHM-Exchange People's Health Movement
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