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SE Oumar Ibrahima TOURE, Ministre de la Santé du Mali

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SE Oumar Ibrahima TOURE, Ministre de la Santé du MaliQuestion : Le Forum Ministériel Mondial sur la Recherche pour la Santé, Bamako2008, du 17 au 19 novembre 2008, a-t-il comblé vos espoirs ?

SE Oumar Ibrahima Touré: Le Forum a été une réussite totale. L’Appel de Bamako va promouvoir et valoriser la recherche pour la santé d’une façon qui n’a jamais existé par le passé. Il faut vraiment féliciter les organisateurs, car le forum a été excellent et les échanges très fructueux.

Question : Au cours de l’IGWG[1], le groupe Afro, mené notamment par le Kenya, avait joué un rôle de leader, or des questions comme celle du droit de la propriété intellectuelle, qui concerne tout particulièrement les populations pauvres du monde entier (en fait, les ¾ de l’humanité sont directement concernés) ont été examinés lors des discussions ministérielles ici…

SE Oumar Ibrahima Touré: Cette question intéresse le monde entier et tout particulièrement l’Afrique. Ainsi, effectivement, l’Appel de Bamako cite la Stratégie d’action de l’IGWG sur la santé publique, l’innovation et la propriété intellectuelle. L’Appel adopté par les représentants des pays ici réunis montre qu’il y a eu un déclic. Le document sera introduit au Conseil exécutif de l’Organisation mondiale de la Santé en janvier prochain. Le Mali est désigné pour porter ce message sur l’IGWG.

Il s’agit d’affirmer le leadership de l’Afrique dans la santé mondiale.

 

Question : Que pensez vous de la participation au Forum qui, semble-t-il, a manifesté un nouvel enthousiasme pour la recherche en Afrique?

SE Oumar Ibrahima Touré: Il faut citer le cas des USA, et j’ai discuté directement avec la délégation, très importante puisqu’il y avait 14 personnes, dont le sous-directeur du NIAID[2], Hugh Auchincloss; il y avait également une représentation significative du Canada et d’autres partenaires.

Par contre, la directrice de l’Institut Pasteur, Alice Dautry n’était pas accompagnée de qui que ce soit représentant le gouvernement de la France, et c’est le conseiller santé de l’Ambassade de France au Mali qui a participé aux réunions intergouvernementales. Le maigre engagement de la France nous a déçu. Nous espérons qu’à l’avenir la France s’engagera plus dans la recherche avec le Mali.

 

QUESTION: Beaucoup de participants ont été impressionnés par l’exemple de collaboration Nord-Sud donné par les ICER,les Centres Internationaux pour l’Excellence dans la Recherche

SE Oumar Ibrahima Touré : Les trois pôles de recherches : Paludisme - Tuberculose et HIV - et Vaccins sont des modèles de collaboration Nord-Sud : parce que la recherche est de très haut niveau, notamment avec le professeur Ogobara Doumbo de renommée internationale dans le domaine du paludisme, avec le CVD - Centre pour le Développement de Vaccins - dirigé par le Pr. Samba Ousmane Sow, et l’Unité sur le VIH et la tuberculose. D’excellents chercheurs maliens sont formés ici et aux USA et cela se passe tellement bien qu’ils sont tous revenus travailler au pays, sans exception, comme le professeur Doumbo l’a bien dit en séance. Nous avons aussi de très bons chercheurs au CNAM, Centre National contre la Maladie et au MRTC.

La recherche s’effectue de bas en haut, dans le sens où elle part du terrain, des besoins des populations. Il s’agit de faire ce que veulent ces populations.

 

Question : Et en ce qui concerne la collaboration Sud-Sud, cet évènement a-t-il porté des fruits ?

SE Oumar Ibrahima Touré : Nous développons aussi des relations étroites en recherche en partenariat avec la Chine. De cette réunion, il ressort aussi des possibilités nouvelles de partenariat Sud-Sud dans la recherche pour la santé, et également d’éventuelles collaborations triangulaire sur des projets, par exemple avec le Brésil - J’ai rencontré la délégation brésilienne dont beaucoup parlaient français, et la Fondation Fiocruz va dépêcher une équipe ici ; il pourrait y avoir des possibilités de coopération triangulaire entre l’Institut Pasteur de Paris, le Brésil et nous.

Parmi les cas de collaboration triangulaire déjà en cours, on peut également citer la collaboration Afrique du Sud, Cuba et Mali sur la cécité. Eventuellement d’autres actions pourront être envisagées, puisque le Forum Mondial sur la Recherche pour la santé se tiendra à la Havane en novembre 2009. Egalement, sur la santé reproductive, il y a une collaboration Espagne, Tunisie et Mali.

 

Question : Sally Davis, responsable recherche dans le gouvernement du Royaume-Uni a présidé une session parallèle sur la sécurité des patients, ce qui me tient à cœur, puisque comme voue le savez, je fait parti du comité directeur du volet « Patients » de l’Alliance Mondiale pour la Sécurité des Patient de l'OMS. Est-ce que vous suivez cette question ?

SE Oumar Ibrahima Touré : Pour ce qui concerne la sécurité des patients, notre action modèle se passe à l’Hôpital du Point G, qui joue un rôle pilote sur le protocole de lavage des mains pour réduire les infections nosocomiales, puisque nous savons aujourd’hui que les patients attrapent des infections pendant leur séjour à l’hôpital. Nous développons des collaborations avec des experts de plusieurs pays, comme la Suisse, la France et la Tunisie.

Je me suis rendu à Yaoundé, pour la réunion de la région Afro en septembre dernier et à cette occasion le Mali a évidemment sollicité plus d’efforts dans la lutte contre les infections nosocomiales en signant la déclaration d’engagement. Le Mali joue un rôle pionnier puisque c’est le seul pays d'Afrique à avoir conduit l’expérience sur le lavage des mains.

 

Question : Des représentants du RIPAQS, le Réseau International pour l’Amélioration de la Qualité et de la Sécurité des Soins sont ces jours-ci au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire afin d’envisager un sommet sur les infections nosocomiales. Seriez vous prêt à participer à cette initiative ? Depuis la réunion régionale en mai dernier en Guinée, les activités de lutte ont bien été enclenchées, et des formations devraient avoir lieu dans chaque pays, hier en Côte d’Ivoire, culminant dans un premier temps, en mars au Sénégal par une réunion francophone Afrique de l’Ouest avec le Professeur Babacar N’Doye…

SE Oumar Ibrahima Touré : Comme nous sommes déjà leaders et déjà expérimentés dans la sécurité des patients, tout effort pour réduire les infections nosocomiales nous intéresse au plus haut point, et le Mali serait même tout à fait prêt à être à nouveau l'hôte d’une réunion de niveau gouvernemental sur les infections nosocomiales, la qualité et la sécurité des soins.

 

Question : Le Global Forum for Health Research réalise que la mise en œuvre de l’Appel de Bamako va demander un monitoring de l’engagement des pays à consacrer 2% du budget santé à la recherche et 5% du budget recherche à la santé. Nous prévoyons un Report Card. Donc il faudra avoir des données précises et pas seulement des grandes estimations, et inclure des domaines comme, par exemple, l’eau. Le Global Forum a engagé une collaboration avec Afristat[4] pour comprendre comment mesurer les flux financiers dans la recherche pour la santé, avec comme pays pilotes le Mali, le Cameroun et le Burkina Faso.

SE Oumar Ibrahima Touré : Vous voyez, là aussi le Mali est prêt à être leader. On ne peut pas dire que beaucoup de pays au monde publient les chiffres qui permettraient de surveiller leur engagement ! Mon ministère collaborera évidemment – par notre cellule Planification et Statistiques - avec grand plaisir avec les équipes d’Afristat et du Global Forum sans lequel nous n’aurions pas eu cette initiative de l’Appel.

 

Question : J’ai noté la maquette de la Maison de la Recherche, c’est votre propre projet ?

SE Oumar Ibrahima Touré : Nous sommes très heureux de pouvoir lancer ce projet comme aboutissement et en quelque sorte comme souvenir de ce Forum Ministériel sous la forme de la Maison de la Recherche. Il nous faudra entreprendre plusieurs initiatives pour trouver le financement nécessaire à son lancement. Le Mali est le premier à avoir pensé à se doter d'un lieu permettant de réunir des chercheurs de diverses disciplines dans un endroit accueillant et équipé des dernières technologies.



[1] IGWG Groupe de travail intergouvernemental sur la santé publique, l’innovation et la propriété intellectuelle

[2] NIAID National Institute for Allergic and Infectious Diseases, le prestigieux institut de recherche sur les allergies et maladies infectieuses, branch du NIH, National Institute of Health, Institut National de la Santé des Etats-Unis.

[3] ICER - International Centers for Excellence in Research

 

[4] AFRISTAT. Observatoire économique et statistique d'Afrique Subsaharienne, basé à Bamako, Mali.

 
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